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Tout au long de la première moitié du vingtième siècle, les deux grands éditeurs populaires, Jules Tallandier et Joseph Ferenczi, ont célébré le roman d’aventures à destination de la jeunesse et des lecteurs adultes ayant gardé une âme d’enfant. Avant de consacrer un prochain article au plus connu des deux, Tallandier, toujours en activité mais reconverti dans le domaine historique, commençons par les éditions Ferenczi. Si elles ont disparu au début des années 1960, elles ont laissé leur marque dans le domaine à travers de multiples collections. Premières tentativesLes livraisonsJoseph Ferenczi a débuté son activité d’éditeur en 1879, mais ce n’est qu’au début du vingtième siècle qu’il s’est intéressé au récit d’aventures, en expérimentant d’abord plusieurs modes de publication. Pour commencer, il a eu recours à un mode de publication apparu au milieu du dix-neuvième siècle et très employé dans l’édition populaire. Ses premières publications dans le domaine de l’aventure sont des romans paraissant en livraisons, c’est-à-dire découpés en un certain nombre d’épisodes à suivre paraissant à intervalle régulier, le plus souvent sur une base hebdomadaire. C’est Le nouveau Robinson Crusoë qui inaugure ce format en 1905-1906, un roman de Michel Morphy découpé en une centaine de livraisons paraissant au rythme de deux par semaine (le mardi et le vendredi) au prix modique de 10 centimes. |
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Après une interruption liée à cette aventure insensée qu’a été la Première Guerre mondiale, Ferenczi continuera à utiliser ce mode de publication tout au long des années 1920 et jusque dans les années 1930, proposant à la fois des inédits et des rééditions : après la guerre paraissent d’autres romans scouts de Jean de La Hire, reprenant et prolongeant les premières aventures des trois boy-scouts de 1913-1914 (Les Trois boy-scouts, nouvelle série, en 1919-1921 ; L’As des boy-scouts en 1925-1926, qui raconte un match sportif entre boy-scouts français et anglais autour du vaste monde ; Les Grandes Aventures d’un boy-scout en 1926, dans lequel des boy-scouts quittent la terre à bord de radioplanes interplanétaires, afin d’atteindre un monde nouveau récemment découvert dans l’espace ; etc.) ; Le nouveau Buffalo, un roman signé colonel G. Wells (38 livraisons en 1924), qui proposait les « Aventures passionnantes du petit-fils du célèbre éclaireur aux prises avec les ruses infernales des Peaux-Rouges et triomphant de leurs pièges. » Du côté des rééditions, sont de nouveau proposés L’As des boy-scouts (52 livraisons en 1932-1933) ; Les Voyages aériens d'un petit Parisien à travers le monde (100 livraisons en 1933-1935) ; Le Corsaire sous-marin (75 livraisons en 1936-1937). Une dernière tentative dans ce mode de publication aura lieu au début des années 1950, avec une réédition de Les Aventuriers du ciel, qui ne semble pas avoir eu un grand succès (seules 26 livraisons sont parues en 1950-1951, sur les 30 qui étaient prévues). Les revuesParallèlement à la publication de romans en livraisons, Ferenczi essaie avant la Première Guerre mondiale un deuxième support : la revue. Les Grandes Aventures sur terre, sur mer, dans les airs est lancée en janvier 1912 et publie 40 numéros jusqu’au mois d’octobre de cette même année. Paraissant le jeudi, elle vise la jeunesse à qui elle propose « tout ce qui peut [la] charmer et [la] captiver ». Ses 32 pages contiennent des nouvelles, des romans à suivre (Le roi des galériens par Guy Vander, Les trésors de Morumwaba par Ferdinand Laven, Les aventures d'un enfant de troupe par Jean de La Hire), des petits récits illustrés en 10 tableaux, mais aussi des articles (par exemple sur l’élevage des vers à soie au Cambodge, ou sur les armes des îles Rapa et Bass) et des rubriques d’information (« Curiosités et Informations »). Une nouvelle tentative est faite au début des années 1920, avec À l'aventure, sous-titré « Journal de voyages, sur terre, sur mer, dans les airs ». Cette revue hebdomadaire de grand format a un contenu principalement documentaire : récits de voyages ou d’exploration, biographies d’explorateurs, articles sur les merveilles de la nature ou les coutumes des différents peuples, etc. Mais elle propose également de la fiction, nouvelles et romans (par exemple Le labyrinthe rouge de Jean de La Hire, La tempête universelle de l'An 2000 par le Colonel Royet) ; ou encore une série de textes de Louis-Frédéric Rouquette regroupés sous le titre général Récits d'Alaska (La terre du silence), qui se situent à mi-chemin entre le documentaire et la fiction. Il est fort probable qu’À l'aventure cherchait à imiter le célèbre Journal des voyages apparu en 1877, dont la parution s’était interrompue en 1915 et qui ne réapparaîtra qu’en 1924, laissant donc un vide que certains concurrents, dont Ferenczi, ont cherché à combler sans grand succès. |
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Les volumes brochés
En 1925, Ferenczi relance « Les Romans d'aventures » mais sous un autre format : cette deuxième série prend l’aspect de volumes agrafés de grand format (17x24 cm), sous couverture verte ornée d’une illustration en couleurs par Henri Armengol, avec un texte sur deux colonnes. En 1929, Ferenczi abandonne cette formule (à tort, comme on le verra, mais on en ignore les raisons) pour refaire une tentative de collection de livres brochés (de format 12x19 cm), vendus au même prix que la précédente. L’éditeur présente « Le Livre de l’aventure » comme « une collection de Romans d’Aventures véritablement sensationnelle par ses qualités de toutes sortes. Paraissant sous une magnifique couverture en couleurs et signée de tous les maîtres du roman, […] elle sera la meilleure marché. En effet, elle ne coûtera que 1 fr. 75 et donnera un roman complet de 10.000 lignes ; prix absolument dérisoire encore jamais VU. ». Les couvertures aguichantes (illustrées par Paul Thiriat puis Henri Armengol) invitent les lecteurs à découvrir les œuvres de romanciers pour la plupart déjà présents dans les précédentes collections Ferenczi : Jean de La Hire bien sûr, René Thévenin, Léon Sazie, Max-André Dazergues, René Poupon, Félix Léonnec, Georges Simenon (sous ses alias de Georges Sim et Christian Brulls), et Luigi Motta, a priori le seul auteur étranger de cette collection. 48 titres paraissent jusqu’en novembre 1931, où Ferenczi abandonne cette collection qui apparaît comme une tentative de concurrencer directement la « Bibliothèque des grandes aventures » de Jules Tallandier, lancée en 1923, mais qui en 1929 proposait ses volumes brochés de 224 pages pour la somme de 2 F donc légèrement plus cher que Ferenczi. L’argument financier avancé par Ferenczi n’aura cependant pas suffi à imposer cette collection sur le marché ! |
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La « formule Ferenczi » : les collections de petits romans
« Voyages et Aventures » se présente d’abord sous la forme de volumes de 128 pages sous couverture photographique ; mais assez vite la pagination baisse à 96 puis 64 pages, et la photographie est remplacée par une illustration de Henri Armengol qui se déploie sur les deux plats de couverture. Tous ces éléments semblent composer une formule idéale, puisque la collection publiera ainsi 379 numéros jusqu’en 1941, où l’arrêt de la collection est à imputer aux circonstances historiques défavorables.
La mise en sommeil des deux collections d’aventures est de courte durée : dès 1942 (et d’abord sous l’enseigne des éditions du Livre Moderne) est lancée leur successeur, « Mon Roman d’aventures » qui publiera 462 numéros jusqu’en 1957. On y trouve la réédition de près de la moitié de la collection « Le Petit Roman d’aventures », et bon nombre d’inédits. L’ensemble de ces textes courts propose au lecteur une bonne dose de dépaysement, d’exotisme, et de péripéties, comme en témoigne cette annonce pour Le Petit Roman d’aventures :
La publicité ne mentait pas : ces récits se déroulent sur tous les continents, dans une multitude de pays (avec une certaine prédilection pour l’Inde, la Chine, l’Indochine, les Etats-Unis et le Canada), et aussi sur les mers infestées de pirates ! On y voyage occasionnellement dans le passé, et aussi dans l’espace avec des récits de science-fiction (Maurice Limat/Maurice Lionel a notamment signé de nombreux titres dans cette veine).
Un grand succès
Pour tout savoir, ou presque, sur l’histoire des éditions Ferenczi et de leurs publications, nous vous invitons à consulter le n°82 de la revue Le Rocambole (Bulletin des amis du roman populaire), paru au printemps 2018, et qui nous a apporté de nombreux renseignements pour la rédaction de cet article. Jérôme Serme |

























