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Grand concurrent des éditions Ferenczi (auxquelles nous avons consacré un article publié en février dernier), les éditions Jules Tallandier furent elles aussi un gros pourvoyeur de romans d’aventures dans la première moitié du vingtième siècle. Si elles se consacrent aujourd'hui uniquement au domaine historique, les éditions Tallandier ont constitué l'une des plus grandes maisons d'édition consacrées aux littératures populaires. |
Naissance et développement
En 1908 sont lancées deux collections à bon marché, rassemblées sous l’intitulé général « Le Livre National », dont la publicité met en avant le « prix inouï de bon marché, [la] présentation matérielle irréprochable, la notoriété des auteurs, la célébrité des œuvres publiées ». Une quarantaine de volumes brochés de 250 à 350 pages (alors que la publicité annonçait jusqu’à 400 et même 500 pages !) paraissent dans cette collection, sans périodicité définie, sous couverture illustrée en couleurs dans un cadre bleu. La plupart des titres sont signés de Louis Boussenard, ce qui n’est guère étonnant puisque cette collection reprend en grande partie le catalogue de la « Bibliothèque des grandes aventures » lancée en 1890 par la Librairie Illustrée Montgrédien et Cie (le prédécesseur de Jules Tallandier) et dont Boussenard était l’auteur-phare ! Ce médecin et journaliste, qui a effectivement parcouru une partie du monde (et qui connaissait en particulier la Guyane, où se déroulent un certain nombre de ses romans), a débuté sa carrière littéraire en 1875 par des articles documentaires, puis a publié de la fiction à partir de 1878 en feuilleton dans le Journal des voyages. Il deviendra l'un des piliers des collections d'aventures de Tallandier, et cela même longtemps après sa mort survenue en 1910. L'entre-deux-guerres
Au début des années 1930, la collection a pris l’intitulé de « Grandes Aventures et Voyages excentriques », associant à Louis Boussenard un autre pilier du Journal des voyages, Paul d’Ivoi, présent au catalogue dès les débuts et qui connaîtra lui aussi une longue carrière posthume puisque sa série en 21 volumes des « Voyages excentriques », inspirés par les « Voyages extraordinaires » de Jules Verne, sera de nombreuses fois rééditée par Tallandier. On trouve au catalogue de nombreux autres auteurs, parmi lesquels nous citerons Maurice Champagne, le commandant de Wailly, René Thévenin, Georges Le Faure, Paul Darcy, le Colonel Royet ; sans oublier quelques auteurs étrangers, et non des moindres : James Fenimore Cooper, Henry Rider Haggard, le capitaine Mayne Reid, Emilio Salgari (le célèbre créateur de Sandokan) et son successeur Luigi Motta, etc. Les romans publiés développent toute la gamme de l'aventure : aventures exotiques, maritimes, aériennes, historiques, mystérieuses, coloniales, robinsonnades, sans oublier le western, la science-fiction et le roman scout ! |
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Multiplication des formatsTallandier n’en reste pas là, et dès 1927 décline le récit d’aventures sous divers formats : Le volume de grand format (16x24 cm)Il propose un texte sur deux colonnes et des illustrations intérieures (Tallandier s'est sans doute inspiré de la collection « Les Romans d’aventures » lancée par Ferenczi en 1925). Ce sera d’abord « Voyages lointains, Aventures étranges » (110 numéros parus jusqu’en 1932) où Jean de La Hire, déjà pourvoyeur prolifique des éditions Ferenczi, publie notamment le récit en six épisodes de la lutte de Paul Ardent, héritier d'un mystérieux secret scientifique, contre la société secrète des Lunaires, qui cherche à asservir l'humanité ! La collection est remplacée en 1932 par « A travers l’univers » qui publiera 45 titres jusqu’en 1933, répartis en 2 séries, l’une proposant de la fiction et intitulée « Aventures étranges, Voyages lointains » (en rappel de la collection précédente), l’autre dédiée aux récits d’exploration et intitulée « Aventures vécues de mer et d’outre-mer ». Une nouvelle série d’« Aventures vécues de mer et d’outre-mer » prendra la suite en 1933, le temps de 22 numéros. |
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Le fascicule de petit format (11x16 cm)
Le périodique
Les collections dédiées à un auteur
Les versions abrégées
La réédition
Écouler les stocks d’invendus
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Dernières tentatives et abandon du roman
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ConclusionPour Matthieu Letourneux (2007, p. 136), universitaire qui a étudié de près l'histoire de l'éditeur Tallandier, « la reprise inlassable des mêmes titres ou des mêmes recettes sous des formats et des présentations différents explique, autant que les problèmes rencontrés avec Hachette [qui a racheté les éditions Tallandier en 1931] et la crise économique [de 1929], l’essoufflement de l’éditeur ». Les éditions Tallandier nous ont cependant laissé quelques milliers de romans d'aventures, aux couvertures souvent superbement illustrées, témoins d’un imaginaire et d’un état d’esprit marqués par leur époque. Ces récits, dont certains remontent au dernier quart du dix-neuvième siècle, exaltent en effet certaines valeurs comme le travail, le savoir, le patriotisme, et à l'occasion l'entreprise coloniale de la France. La dimension éducative y est très présente, avec de nombreux renseignements sur les sciences et les techniques, la géographie, l'histoire, la botanique, les mœurs et coutumes de populations exotiques. Et, mettant en scène des hommes d'action qui réussissent dans ce qu'ils entreprennent, ces romans d'aventures entendaient donner une leçon de courage et d'énergie à la jeunesse française ! Jérôme Serme |
| Bibliographie pour aller plus loin |
Voyage au pays des collections d'aventures : les éditions Jules Tallandier

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